Escapades économiques dans les Caraïbes pour les hivernants canadiens

Depuis des générations, le rituel hivernal de centaines de milliers de retraités canadiens était d’une merveilleuse simplicité : il suffisait de faire ses valises et de traverser la frontière vers le sud pour aller profiter de la chaleur de la Floride, de la Californie ou de l’Arizona pendant six mois d’affilée.

Toutefois, le mode de vie traditionnel des hivernants a radicalement changé. En raison d’une inflation galopante, de la volatilité du taux de change et d’un durcissement sans précédent des règles frontalières américaines, l’époque des migrations hivernales improvisées et sans formalités administratives est officiellement révolue.

De nos jours, pour profiter du soleil en toute tranquillité, les aînés doivent composer avec les exigences américaines accrues en matière d’immigration, les formules fiscales complexes de l’Internal Revenue Service (IRS) et les conditions rigoureuses imposées par les polices d’assurance voyage. Voici ce que vous devez savoir pour protéger votre santé, votre portefeuille et votre liberté de voyager.

Les changements majeurs apportés aux mesures américaines de contrôle aux frontières constituent le principal facteur venant bouleverser les migrations hivernales. En vertu de l’article 262 de l’Immigration and Nationality Act (INA), renforcée par de récentes mesures exécutives, le gouvernement américain applique activement une politique de suivi rigoureuse visant toutes les personnes qui ne sont pas citoyennes américaines.

Si vous entrez aux États-Unis et que vous avez l’intention d’y rester pendant 30 jours ou plus au cours d’un même séjour, vous êtes désormais légalement tenu de vous enregistrer auprès du gouvernement américain. La manière de vous conformer à cette règle dépend entièrement de la façon dont vous avez franchi la frontière.

  • Par voie aérienne ou maritime : Si vous arrivez aux États-Unis par avion, un enregistrement numérique de votre arrivée connu sous le nom de formulaire I-94 électronique est généré automatiquement pour vous. Cela satisfait aux exigences légales, ce qui signifie que vous êtes considéré comme enregistré.
  • Par voie terrestre ou par traversier : Si vous passez la frontière en voiture, il est rare qu’un formulaire I-94 électronique soit émis automatiquement.

Cette différence constitue un piège caché pour les voyageurs franchissant la frontière par voie terrestre. Le défaut de s’enregistrer ou d’avoir sur soi une preuve d’enregistrement représente un délit fédéral passible d’amendes civiles pouvant aller jusqu’à 5 000 $, d’une expulsion éventuelle, voire d’une peine d’emprisonnement.

Mesure essentielle à prendre : Dans les 30 jours suivant votre passage à la frontière, ouvrez une session dans le portail officiel du U.S. Customs and Border Protection (CBP) (i94.cbp.dhs.gov). Cliquez sur « Get Most Recent I-94 » et entrez vos renseignements. Si votre dernier séjour s’affiche, vous êtes en règle : imprimez le document et gardez-le sur vous. Si aucun dossier n’est trouvé, vous devez immédiatement créer un compte en ligne auprès du U.S. Citizenship and Immigration Services (USCIS) et soumettre le formulaire G-325R (Biographic Information [Registration]) par voie électronique avant le 31e jour de votre séjour. Remarque : Les Canadiens sont actuellement dispensés de l’obligation de fournir leurs empreintes digitales à des fins biométriques.

Il ne faut pas confondre les limites en matière d’immigration avec les lois fiscales. Bien que les services d’immigration américains autorisent généralement les Canadiens à séjourner aux États-Unis jusqu’à six mois, l’IRS utilise un calcul pondéré beaucoup plus strict appelé Substantial Presence Test (SPT) pour déterminer si vous pourriez avoir un impôt à payer aux États-Unis.

L’IRS calcule la durée de votre séjour en additionnant :

  1. La totalité des jours que vous avez passés aux États-Unis pendant l’année en cours;
  2. Le tiers (33,3 %) des jours de l’année précédente;
  3. Le sixième (16,6 %) des jours de l’année antérieure à celle-ci.

Si cette somme pondérée sur 3 ans est égale ou supérieure à 183 jours, l’IRS vous considère légalement comme un étranger résident aux fins de l’impôt. Ainsi, votre revenu de toutes provenances pourrait être assujetti à l’impôt des États-Unis. Pour démontrer ses liens fiscaux avec le Canada, tout hivernant qui passe plus de 120 jours par année au sud de la frontière doit remplir de sa propre initiative le formulaire 8840 de l’IRS (Closer Connection Exception) au plus tard le 15 juin de chaque année afin de prouver que ses principaux liens économiques et sociaux sont avec le Canada.

La hausse du prix de l’épicerie aux États-Unis et les difficultés persistantes du dollar canadien rendent les destinations américaines traditionnellement prisées des hivernants beaucoup moins abordables, ce qui amène de nombreux aînés disposant d’un revenu fixe à réévaluer leurs options.

Un virage majeur s’amorce alors que les hivernants canadiens se tournent vers le reste du monde à la recherche de refuges abordables où passer l’hiver.

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Destination
Coût de la vie mensuel moyen
Attrait principal
Contrainte juridique
La Ceinture de soleil (États-Unis) Élevé (3 500 $ à 5 000 $ US et plus) Accessibilité en voiture, familiarité de la culture, langue anglaise Obligation de s’enregistrer auprès de l’USCIS pour les séjours de plus de 30 jours et suivi de la durée du séjour par l’IRS
Mexique (Chapala/Mérida) Faible (1 500 $ à 2 500 $ US) Importantes communautés d’expatriés bien établies, soins médicaux privés abordables Limite de 180 jours pour les touristes; nécessité de prendre l’avion ou de traverser en voiture des zones de transit complexes
Portugal (l’Algarve) Modéré (2 000 $ à 3 200 $ US) Région particulièrement sécuritaire, mode de vie côtier européen abordable, anglais largement parlé Séjour sans visa limité à 90 jours sur une même période de 180 jours pour les Canadiens dans l’espace Schengen

Même si choisir l’Europe ou le Mexique peut considérablement accroître votre pouvoir d’achat à la retraite, gardez en tête que vous remplacez des obligations fiscales américaines par des régimes de visas étrangers obéissant à des règles différentes.

Peu importe où vous choisissez de passer l’hiver, votre santé physique demeure votre bien le plus précieux et votre risque financier le plus important. Les régimes provinciaux d’assurance maladie (comme l’Assurance-santé de l’Ontario ou le régime de services médicaux) limitent la durée pendant laquelle les résidents peuvent séjourner à l’extérieur de leur province ou de leur pays de résidence avant que leur admissibilité à la couverture ne soit touchée; de plus, ils ne couvrent généralement qu’une très faible portion des frais médicaux d’urgence engagés à l’extérieur du Canada, particulièrement aux États-Unis1.

Bien que la plupart des hivernants sachent qu’ils doivent souscrire une assurance frais médicaux privée pour leur voyage, des milliers d’entre eux entraînent chaque année la nullité de leur police sans le savoir en raison d’une incompréhension totale de la clause de stabilité.

Les compagnies d’assurance ne vous refusent pas automatiquement la couverture si vous souffrez d’un problème de santé préexistant, comme l’hypertension artérielle, le cholestérol ou le diabète. Elles exigent plutôt que votre problème soit strictement « stable » pendant une durée déterminée (généralement de 90 à 180 jours) juste avant la date de votre départ.

Un problème de santé est légalement considéré comme instable si, au cours de cette période, vous avez :

  • présenté de nouveaux symptômes, qu’ils soient mineurs ou majeurs;
  • consulté de nouveau un médecin, subi de nouveaux examens ou été dirigé vers un spécialiste et êtes toujours en attente d’un rendez-vous;
  • vu vos médicaments sur ordonnance faire l’objet d’un changement.

C’est justement ce dernier point qui prend bien des aînés par surprise. Si votre médecin de famille réduit la dose de votre médicament contre l’hypertension en la faisant passer de 10 mg à 5 mg deux mois avant votre départ, ou s’il vous prescrit un équivalent générique pour vous faire économiser, votre état est techniquement « instable ». En cas d’urgence médicale liée à ce problème de santé à l’étranger, votre assureur pourrait légalement refuser de vous rembourser des frais d’hospitalisation s’élevant à plusieurs millions de dollars.

Cet article est destiné à des fins d’information générale uniquement et ne vise pas à offrir des conseils juridiques, médicaux, financiers ou de toute autre nature. Allianz Global Assistance décline toute responsabilité quant à l’utilisation de sites Web ou applications externes, ou quant au contenu ou à la fiabilité des renseignements ou technologies externes.


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